le suaire de turin
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par max7301, le 13 Juillet 2008 à 12:09Description [modifier]
Le suaire est rectangulaire et mesure 4,36 m sur 1,11 m. Le drap est tissé en chevron et est composé de fibres de lin entrelacées à certains endroits de fibres de coton. La présence de coton a été mise en évidence à l'état de traces en surface par le STURP et entrelacé dans les fibres de lin sur les échantillons Raes (1973) et radiocarbone (1988) seulement [4]. Il présente des marques de brûlures dues à un incendie. Il figure l'image en vue frontale et dorsale d'un homme nu, avec ses mains en travers de la taille. Les deux vues sont alignées tête-bêche. L'avant et l'arrière de la tête se joignent presque au milieu de la toile ; les vues correspondent à la projection orthogonale d'un corps humain.
L'« homme du suaire » porte une barbe et des cheveux au milieu des épaules. Il est bien proportionné, assez musclé et mesure environ 1,75 m, ce qui est une taille inhabituelle pour un homme du premier siècle (la période de la mort de Jésus), ou du Moyen Âge (époque du premier témoignage incontesté de l'existence du suaire, et d'une contrefaçon possible). Des taches rouge foncé, interprétées par certains comme étant du sang, sont trouvées sur le tissu, montrant diverses blessures :
- un poignet au moins présente une grande tache de forme circulaire, de l'apparence d'une perforation (le deuxième poignet est caché par le pliage des mains) ;
- sur le côté, apparemment une autre tache est présente ;
- des petites taches sont présentes autour du front et ont l'apparence de blessures ;
- une masse de traces linéaires sur le torse et les jambes seraient causées par un châtiment.
Sous les traces hématiques, on ne retrouve pas la coloration qui caractérise l'image du corps[5].
Le 28 mai 1898, le photographe amateur italien Secondo Pia prit la première photographie du suaire et fut stupéfait, lors du développement, par le résultat du négatif qui donnait l'aspect d'une image positive, ce qui implique que l'image du suaire est elle-même, en quelque sorte, un négatif (le négatif d'un négatif est un positif).
À proprement parler, l'image sur le suaire est un « relief » négatif, dans lequel les secteurs du corps touchant le tissu sont plus foncés, et pas un négatif « photographique », sur lequel les secteurs du corps avec une pigmentation plus légère sembleraient plus foncés sur le tissu. Un exemple de cette distinction peut être vu dans la barbe, qui semble plus foncée sur le suaire au bout du menton, là où elle touche le tissu. Les observateurs ont remarqué que les détails et reliefs de l'homme du suaire sont considérablement augmentés sur le négatif photographique. Les résultats de Pia ont accru l'intérêt pour le suaire et ont suscité de nouveaux efforts pour déterminer son origine.
L'utilisation en 1976 de l'analyseur VP-8, développé à l'origine par la NASA pour la reconnaissance planétaire, pour analyser l'image du suaire de Turin a produit une image de nature tridimensionnelle, unique par son caractère[6].
En 2004, la double superficialité de l'image a été démontrée. Une image sur « l'envers » a été détectée après la restauration de 2002 [7]. Elle serait due à l'habitude de faire sécher les draps de lin sur une corde.
Dénomination de l'étoffe [modifier]
Aujourd'hui, un grand nombre d'ouvrages de vulgarisation et d'articles à caractère scientifique préfèrent parler de « linceul de Turin » plutôt que de « suaire de Turin ».
Dans les évangiles, le mot soudarion renvoie plutôt au « linge qui avait recouvert la tête », c'est-à-dire stricto sensu à un suaire (Jean, 20, 7). Dans la langue grecque du début de l'ère chrétienne, le mot sindon (employé par Matthieu, Marc, Luc) désigne un linge, un drap, un vêtement, tandis que le mot « soudarion » s'utilise pour un linge, un mouchoir. Ainsi parle-t-on à juste titre de suaire d'Oviedo pour évoquer le linge présent dans cette ville.
En latin ecclésiastique, le terme sudarium désignait une petite pièce de lin servant de mouchoir pour l'officiant, puis il ne servit plus qu'à désigner un insigne de la dignité écclésiastique[8]. Toutefois, dès l'ancien français, l'usage a produit une certaine confusion entre les termes « linceul » et « suaire ». Au XIIIème siècle le mot « suaire » est employé pour parler du linge ayant servi à envelopper le corps du Christ[9].
Aujourd'hui, pour les francophones, le terme le plus employé lorsqu'on évoque le linge de Turin reste celui de Suaire de Turin.
Histoire du suaire de Turin [modifier]
Apparition en Champagne [modifier]
Le linceul apparaît en Champagne en 1357 à Lirey, où il fait l'objet d'ostensions sous l'autorité de sa propriétaire, veuve du chevalier Geoffroy Ier de Charny. Aucune pièce ne permet de dater de façon précise l'acquisition de ce linceul. La possession de cette relique a toutefois marqué la famille de Charny, puisqu'elle ajouta à ses armes un pèlerin et une image du Saint-Suaire.
L'hypothèse principalement avancée est celle-ci : Othon de la Roche, croisé de la quatrième croisade, l'aurait volé au duc d'Athènes entre 1204 et 1208, et envoyé à son père en 1208. Son père vivant près de Besançon, cette théorie explique l'origine de deux autres morceaux de tissus ayant aussi été appelés « Saint-Suaires » . L'arrière-petite-fille d'Othon de la Roche, Jeanne de Vergy, épouse Geoffroy de Charny en 1340, et fait ainsi passer le Suaire dans la famille de Charny. Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy de Charny, affirme quant à elle, en 1443, que c'est son grand-père qui « l'a conquis à Athènes » lors d'un de ses voyages.
Cependant, Geoffroy de Charny a écrit en avril 1349 au pape Clément VI pour l'informer de la construction de l'église Sainte-Marie de Lirey, en remerciement à la Sainte-Trinité, à laquelle il attribuait la réussite de son évasion des geôles anglaises, mais sans faire mention d'une relique. L'église collégiale est achevée en 1353, le linceul y est déposé en 1357, et Geoffroy de Charny meurt à la bataille de Poitiers (16 septembre 1356).
Les ostensions de ce linceul advenues à la famille de Charny entre 1349 et 1356 durent jusqu'en 1360. À cette date, l'évêque de Troyes Henri de Poitiers interdit les ostensions, considérant que le linceul doit être faux, les Évangiles n'en faisant pas mention. Jeanne de Vergy prend peur et met alors le linceul en sécurité dans son château fortifié de Montfort en 1360 ; il y restera 28 ans jusqu'à son décès en 1388.
Par ailleurs, l'écrivain britannique Ian Wilson, auteur de nombreux ouvrages sur les pouvoirs cachés de l'esprit et sur la « vie après la mort », émet pour sa part l'hypothèse que le drap d'Édesse, ou Mandylion, serait le même objet que le suaire de Turin.
Le suaire en Champagne [modifier]
Jeanne de Vergy, veuve de Geoffroy de Charny, a épousé en secondes noces Aymon de Genève, oncle de l'antipape Clément VII. Ce dernier autorise sa tante par alliance à reprendre les ostensions à Lirey en 1389 et impose à l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis, qui se plaint de ne pas avoir été consulté, un silence éternel sur ce sujet sous peine d'excommunication[10]. Pierre d'Arcis n'obéit pas et en appelle à Charles VI qui ordonne la confiscation du suaire. L'évêque écrit ensuite à Clément VII et lui adresse un mémoire qui lui fait part des découvertes de son prédécesseur, l'évêque Henri de Poitiers[11]. Selon Pierre d'Arcis, Henri de Poitiers aurait affirmé que le linge avait été peint afin d'attirer les foules et d'en tirer bénéfice. Pierre d'Arcis affirme même qu'Henri de Poitiers aurait retrouvé le peintre, mais ne le nomme pas. Toutefois l'authenticité du mémoire de Pierre d'Arcis peut être remise en cause : il n'est ni daté ni signé. De plus, les archives ne conservent aucune trace de l'enquête qui aurait été diligentée par Henri de Poitiers : le premier document qui évoque le linceul date seulement de 1389, Henri de Poitiers étant mort en 1370.
Le clergé de Lirey refuse d'obéir à son évêque et en appelle à Clément VII qui confirme le droit d'exposer le linceul. Dans un projet de bulle, Clément VII déclare le 6 janvier 1390 :
« ladite figure ou représentation n'est pas le vrai Linceul de Notre-Seigneur, mais qu'elle n'est qu'une peinture ou un tableau du Linceul. »
Mais cette mention disparaît dans la rédaction définitive : ainsi Clément VII s'abstient de proclamer la fausseté du linceul comme il lui avait été proposé de le faire[12]. Interdiction est également faite par Clément VII à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire, si celle-ci se fait selon ce qui est prescrit par le décret.[13]
Quelques jours après l'enregistrement de cette bulle, le 1er juin 1390, Clément VII publie une nouvelle bulle qui accorde des indulgences aux personnes qui visiteront l'église collégiale de Lirey, où est conservé l'objet[14]. Il mentionne « une image que l'on voit sur le suaire du Seigneur »[15]. Les arguments de Pierre d'Arcis ne semblent donc pas avoir convaincu le pape.
Au début du XVème siècle, des bandes de brigands, les Grandes compagnies, ravagent alors la France. Craignant pour la conservation du linceul, les chanoines de Lirey, qui ont hérité de la relique, la confient le 6 juin 1418 à Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy de Charny, et à son époux, Humbert de Villersexel.
Errances du suaire au XVe siècle [modifier]
En 1418, Humbert de Villersexel époux de Marguerite de Charny, comte de la Roche, plaça à nouveau le linceul dans son château de Montfort pour le protéger des bandes de pillards et de la guerre de Cent Ans. Il le déplaça ensuite à Saint-Hippolyte (Doubs), un autre de ses fiefs. À la mort d'Humbert de Villersexel en 1438, les chanoines de Lirey se pourvurent en justice pour forcer son épouse à restituer la relique, mais le parlement de Dole et la cour de Besançon donnèrent raison à Marguerite de Charny, qui voyagea dans différents endroits avec le linceul, notamment à Liège, Genève, Annecy, Paris, Bourg-en-Bresse, Nice.
Le 13 septembre 1452, elle échange la relique à Anne de Lusignan, épouse du duc Louis Ier de Savoie, contre le château de Varambon. Le linceul est dès lors conservé dans une nouvelle église, la Sainte-Chapelle de Chambéry, élevée à la dignité de collégiale par le pape Paul II. En 1464, le duc accepte de verser une rente aux chanoines de Lirey contre l'abandon des poursuites. Après 1471, le linceul est fréquemment déplacé, à Verceil, Turin, Ivrée, Suse, Chambéry, Avigliano, Rivoli et Pignerol. Une description est donnée par deux sacristains de la Sainte-Chapelle, dans l'inventaire du 6 juin 1483 : « enveloppé dans un drap de soie rouge, et conservé dans un coffre de velours cramoisi, orné d'incrustations d'argent, et fermé par une clef d'or. »[réf. souhaitée]
Du XVIe au XXe siècle [modifier]
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532, le suaire fut pris dans un incendie, à Chambéry, dans la Sainte Chapelle où il était déposé. On le retira du feu alors que le coffre d'argent dans lequel il reposait commençait à fondre. Le linceul était alors plié en 48 épaisseurs, et fut brûlé à certains endroits. Là où le tissu était troué, les Clarisses, en 1534, cousirent des pièces d'aspect plus ou moins triangulaires (en blanc sur les photos positives, en noir sur les négatives).
Depuis 1578, il était à Turin, où les Ducs de Savoie ont transféré leur capitale en 1562. Le dernier roi d'Italie, Humbert, en fit don au Pape en 1983.
En 1997, il est sauvé d'un incendie qui ravage la cathédrale de Turin.
Études scientifiques [modifier]
Le STURP (1978-1981) [modifier]
Historique [modifier]
En 1978, un groupe de plus d’une vingtaine de scientifiques et chercheurs américains du STURP, le Shroud of Turin Research Project, assistés de deux italiens, Giovanni Rigi (micro-analyste) et Luigi Gonella (conseiller scientifique du Cardinal de Turin), menèrent pendant 120 heures des analyses approfondies de l’objet et prélevèrent des échantillons de surface.[16]
Première étude scientifique de grande ampleur, officiellement reconnue comme telle par le Vatican, elle a la particularité d’avoir analysé l’objet sur place avec les sept tonnes de matériel acheminées des États-Unis pour l’occasion. Le professeur Baima Bollone, directeur de l’institut médico-légal de Turin, reçut également des échantillons pour déterminer si la substance constituant les taches carmin pâle était du sang.
Techniques utilisées [modifier]
Diverses techniques de pointes furent employées pour analyser le tissu ancien : rayons X, fluorescence, microchimie, spectres infra-rouge et ultra-violet, microscopie optique. Des milliers de photographies furent également prises. Plus de 100 000 heures de travail en laboratoire furent nécessaires pour exploiter les données récoltées.
Conclusions [modifier]
Les conclusions de l’étude furent données à l’occasion de la présentation du rapport final en 1981 :
- les données récoltées par les techniques mentionnées ci-dessus excluent la possibilité que la peinture soit la technique à l’origine de la formation de l’image. Cela contredit la thèse développée par l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis 600 ans plus tôt. L’image du corps est formée par la coloration monochrome et superficielle des fibres de lin (d’une profondeur de l’ordre de 40 microns) qui résulte d’un processus de déshydratation oxydante et de conjugaison de la structure des microfibrilles du lin. C’est la présence plus ou moins importante de microfibrilles altérées qui va donner l’aspect plus ou moins foncé de l’image du corps.
- l’analyse des niveaux de densité de coloration de l’image du visage, à l’aide d’un instrument de la NASA, a permis de mettre en évidence une information de nature tridimensionnelle, à l’origine de la propriété similaire à celle d'un négatif photographique déjà observée par le passé.
- la combinaison des informations de natures physiques, chimiques, biologiques et médicales n’a pas permis d’expliquer comment l’image s’est formée et quel phénomène l’a engendrée.
Publications des résultats [modifier]
Les travaux du STURP ont donné lieu à la publication d’une vingtaine d’articles de référence dans des revues scientifiques à comité de lecture[17].
Techniques de reproduction envisagées [modifier]
En contradiction avec l'étude du STURP, d'autres auteurs dont Joe Nickell[18], Paul-Éric Blanrue[19] et Henri Broch[20],[21],[22] avancent qu'il est techniquement possible pour un peintre de réaliser une empreinte négative sur toile sans laisser apparaître de traces de pinceaux. L’empreinte a ainsi pu être réalisée d’une autre façon : en effet, son aspect a été facilement reproduit à plusieurs reprises par des expérimentateurs à partir d'un bas-relief enduit d'un colorant. Un simple recouvrement du modèle par un linge humide suivi d'un tamponnement permet alors de constituer une empreinte en négatif sur le tissu [20],[23].
Lors d'une expérience organisée par les journalistes de la revue Science & Vie, Paul-Éric Blanrue a réalisé une réplique du visage du suaire avec des moyens qui existaient au Moyen Âge [24],[25]. Pour ce faire, il a enduit un bas-relief d'un pigment, puis recouvert ce bas-relief d'un tissu qu'il a ensuite tamponné. Cette technique était dans les possibilités des artistes du Moyen Âge même s'ils ne pouvaient imaginer que la technique photographique pourrait, 600 ans plus tard, restituer l'apparence de l'image positive. Mais cette hypothèse, contrairement à d'autres[26], n'a jamais été proposée à la publication dans une revue scientifique à comité de lecture afin de constater qu'elle expliquait bien les particularités de l'image.
Ainsi aujourd'hui le mécanisme de formation demeure toujours inexpliqué : bien que de bons résultats expérimentaux aient été obtenus par nombre de chercheurs, dans le sens où, à première vue, l'image, généralement limitée au visage, est similaire à celle du linceul, à ce jour aucun essai n'a pu reproduire toutes les caractéristiques de l'image formée sur le drap[27].
La datation par le carbone 14 (1988-1989) [modifier]
Préambule [modifier]
La datation par le radiocarbone a été mise au point à partir des années 1950 suite aux travaux de Willard Frank Libby, pour lesquels il a reçu le prix Nobel de chimie en 1960. Cette méthode de datation radiométrique est basée sur la mesure de l'activité radiologique du carbone 14 (14C) contenu dans de la matière organique dont on souhaite connaître l'âge absolu, à savoir le temps écoulé depuis sa mort. Les résultats obtenus sont exprimés en terme de probabilités, à savoir une date et un écart-type. Cet écart-type correspond à l'intervalle au sein duquel l'âge réel est présent avec une probabilité de 68 %. Si l'on double l'écart-type, l'intervalle contient l'âge réel avec une probabilité de 95 %. Cette expression particulière des résultats est parfois interprétée comme un indice de l'imprécision de la méthode alors qu'elle est inhérente aux grandeurs physiques mesurées.
Les datations par le carbone 14 sont couramment employées avec succès en archéologie. Les résultats obtenus sont validés par d'autres méthodes telles que la dendrochronologie. Les datations obtenues pour le linceul de Turin ont toutefois fait l'objet de nombreuses critiques, portant notamment sur la qualité des échantillons datés.
Willi Wölfli, directeur du laboratoire de datation par le radiocarbone de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich, qui a pris part à la datation du Suaire de Turin, a ainsi déclaré : « La méthode C-14 n'est pas à l'abri d'erreurs grossières de datation quand des problèmes non-évidents existent liés aux échantillons prélevés. L'existence d'erreurs indéterminées significatives se produit fréquemment. »
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